Le « libre choix » du médecin traitant.

7 juin 2011

L’un des principaux arguments des tenants de la médecine libérale est de dire qu’elle garantit le libre choix du médecin traitant. C’est une grande source de fierté de nombreux confrères français: « chez nous on choisit son médecin ».

La première opposition évidente à cette thèse est le manque de médecins généralistes dans les campagnes. A « Trifouillis-Les-Oies », il ne s’agit pas de choisir un médecin plutôt qu’un autre, mais bien d’avoir à disposition un médecin généraliste quand on tombe malade!

Mais au delà de cette aspect conjoncturel, la vraie question est de savoir qui est en mesure de « choisir » un bon médecin. Sur quels critères objectifs, peut-on juger de la compétence de son médecin? J’ai à ce sujet deux anecdotes personnelles qui illustrent ce propos:

Monsieur E. est ouvrier agricole, et vient me voir pour un symptôme assez atypique. Il a mal à l’ongle de la main gauche lorsqu’il travaille dehors et qu’il fait froid. Il a consulté à de nombreuses reprises le docteur Solo que je remplace, qui n’a rien trouvé de concluant et lui propose à chaque fois des anti-inflammatoires. C’est la fin de la journée, je n’ai pas la moindre idée de ce qui lui arrive, mais je me dis que ça pourrait ressembler de loin à un Syndrome de Raynaud* un peu batard… Je l’adresse donc à un médecin interniste de l’hôpital voisin. En fait, monsieur E. avait une tumeur de la peau sous l’ongle, qui a été enlevée. Il n’a plus mal du tout. Il est depuis persuadé que je suis un excellent médecin avec un diagnostic irréprochable, alors que je suis complétement passé à côté de ce qu’il avait vraiment!

Lors d’un remplacement chez le Docteur Duo, je reçois monsieur G. Il vient pour un lumbago simple, et a commencé à prendre des antalgiques. Il veut que je lui prescrive « des piqûres » parce que chez lui  » il n’y a que les piqûres qui font effet ». En fait, le seul intérêt de la voie intra musculaire dans ces douleurs est leur rapidité d’action lors de la première injection. Je décide donc de lui donner un traitement adéquat mais en comprimés… je le revois lors d’un remplacement ultérieur, il m’explique alors que la dernière fois il avait du revenir voir monsieur Duo, parce qu’il avait toujours mal, qui lui a alors prescrit les piqûres salvatrices. Il me dit pas ça pour critiquer, hein, juste pour que j’apprenne… J’adore!

 Oui, on peut choisir un médecin avec qui on s’entend bien, mais c’est tout. Comment un non-médecin peut-il juger de compétences médicales, d’indépendance vis à vis de l’industrie pharmaceutique, de la participation à une formation continue indépendante, etc. ? Alors le coup du libre choix du médecin comme garant d’une médecine de qualité c’est du pipeau! C’est juste une adaptation de « la main invisible du marché » au secteur sanitaire!

Une médecine de qualité, ce serait une médecine gratuite, indépendante, avec des médecins qui se forment tout au long de leur carrière. Mais la route est longue…

PS: Pour ceux qui souhaient quand même avoir des arguments un peu objectifs pour choisir leur médecin, il existe un livre bien fait: « Comment choisir son médecin« .

*Le  syndrome de Raynaud, est un trouble de la circulation sanguine au niveau des doigts et des orteils (et parfois aussi du nez et des oreilles) qui est aggravé par le froid, et peut provoquer des douleurs.

Martine à la maison de retraite

12 mai 2011

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Elle s’appelle Martine,et elle est infirmière en fin de carrière dans une maison de retraite. Je la rencontre lors d’un remplacement, après avoir été appelé pour un résident qui avait de la température.

Nous discutons d’abord du patient que je viens d’examiner, des ses antécédents,de son état général habituel, des recommandations que je préconise à son sujet. Puis, tout en rédigeant mes prescriptions je lui parle un peu de son travail. Je suis surpris de la trouver là, seule infirmière pour une si grande maison de retraite, avec des patients assez lourds…

Alors Martine se met à raconter. Elle raconte qu’il devrait y avoir 3 temps pleins tandis qu’il n’y en a effectivement qu’un et demi (une autre infirmière à mi-temps). Qu’aucune jeune infirmière n’est intéressée par ce poste, et qu’elle les comprend bien: les horaires à rallonge, les heures sup’ (« parce qu’on ne peut pas laisser seule la collègue qui embauche quand c’est Beyrouth ») non payées, le maigre salaire (moins de 2000 euros en fin de carrière), la non reconnaissance des familles, la vie de famille à mettre de côté, etc.

Elle n’en peut plus, elle est fatiguée, et attend la retraite. Si elle doit venir, car il semble que nos dirigeants trouvent qu’on ne bosse pas assez longtemps dans notre pays.

Qu’est-ce qui est important dans une société? Je veux dire vraiment indispensable? Moi je dirais l’éducation, la santé, la nourriture, les services publics. Qui sont les moins bien reconnus et les moins payés dans notre société? En vrac, les aides-soignantes, les infirmières, les profs, les fonctionnaires, les ouvriers agricoles. Il y a beaucoup d’autres laissés pour compte, mais n’empêche!

Qui est ce qui accapare tout? Les actionnaires, les grands marchands, les publicitaires… Leur intérêt social?Proche du zéro!

Drôle de société, où les gens indispensables ne sont pas récompensés, et les nuisibles portés aux nues..

 

« Non, non, tu ne me dois rien »

4 mai 2011

Beaucoup de médecins se plaignent d’être sollicités en toutes circonstances (et hors des heures syndicales): le cousin d’un ami cherche à leur extorquer le nom du meilleur chirurgien pour guérir son ongle incarné , on les appelle pour un malaise dans un avion (« heu, je crois juste que la personne a soigné sa phobie aérienne avec les mignonnettes offertes ») , une grande tante veut absolument leur avis sur sa dernière crise d’hémorroïdes (photos à l’appui), etc.

On peut comprendre qu’effectivement ça puisse passablement lasser et que le dernier inconscient venu demander s’il est normal d’avoir mal au ventre quand on mange trop vite (oui, oui c’est normal) récolte comme seule réponse l’appendice céphalique de son interlocuteur dans le nez (également connu sous l’appellation  de coup de boule).

Moi même j’ai pu être agacé par les demandes de conseils du copain obèse qui ne mange rien et ne comprend pas pourquoi il ne perd pas de poids (oui je sais, il est possible d’être obèse sans faire d’excès alimentaires, comme il est possible que tous les deux mille ans un type marche sur l’eau. Ça n’en fait pas des généralités).

Pourtant cette possibilité de donner un coup de main à la communauté, je dois dire que j’aime bien ça. Je m’explique. Je suis une bille pour le bricolage, le jardinage, ou la mécanique. Je suis musclé comme un flanc au pruneau et du coup moyen efficace pour aider à un déménagement (j’essaie quand même d’apporter les croissants pour me faire bien voir). En cas de panne informatique je suis presque aussi utile qu’un Rougon-Macquart à Nicolas Sarkozy. Je baragouine à peine trois mots d’anglais et j’ai aucune relation bien placée.

Alors la médecine c’est mon truc. Moi aussi j’apporte ma petite pierre à l’édifice, et quand les voisins me rendent service, je sais que je pourrai leur être utile à mon tour.C’est un peu bête mais ça me rend heureux. C’est le genre de petites choses qui pourraient égayer autant ma journée que de réussir une transplantation cardiaque (évidemment c’est le genre de trucs qu’on dit quand on n’a jamais fait de transplantation cardiaque!).

A aucun prix je ne me passerais du plaisir de répondre à celui qui veut me payer après que je lui ai prodigué un conseil médical: « Non, non, tu ne me dois rien ».

 

 

Un red doctor…

2 mai 2011

D’aussi loin que je me souvienne,  j’ai toujours été de gauche.

Une exemple? J’ai toujours soutenu Gros Minet contre Titi, parce que je sentais bien qu’il y avait une arnaque à ce que ce  petit volatile jaune sensé être le gentil gagne toujours à la fin, et surtout qu’on doive se réjouir que le chat ait terminé au choix: ébouillanté, scalpé, aplati sous une pierre, éventré, tombé d’une falaise, ou autres joyeusetés.

Je pensais qu’être de gauche c’était être pour la justice, la fraternité, la solidarité, l’amour, le bonheur, la paix sur terre, les week-ends ensoleillés et les Chupa Chups (j’adorais les Chupa Chups) .  Cette vision somme toute assez impartiale, m’avait été soufflée par mon père délégué syndical, lui même fils de réfugié républicain espagnol. Je ne comprenais juste pas comment certains inconséquents pouvaient ne pas être de gauche… J’ai compris plus tard.

En grandissant mon analyse politique s’est un peu affinée, et j’ai même compris qu’on pouvait aimer les Chupa Chups et être quand même de droite.Alors quand j’ai commencé à m’interroger sur le futur métier que je pourrai exercer, j’ai pensé devenir médecin. Un médecin ça aide son prochain, qu’il soit riche ou pauvre, faible ou puissant, imbécile ou surdoué… Là aussi j’ai compris plus tard.

Il n’empêche j’ai réussi mes études de médecine en évitant de trop m’appesantir sur mes opinions politique, et j’ai choisi de faire de la médecine générale. Et quitte à devenir généraliste autant exercer dans un endroit où l’on avait besoin de moi, à la campagne.

Me voilà donc jeune médecin généraliste, rural et altermondialiste exerçant dans un système de médecin libérale. C’est l’histoire que je vais essayer de vous raconter…